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Posted 20 décembre 2010 by MB in Franc-Maçonnerie
 
 

De l’épée à la paix


En troquant la canne du maître de cérémonie contre l’épée du couvreur, je me suis sentie investie d’une autre mission. Je laissais Moïse conduisant son peuple vers  la liberté et changeais d’époque pour devenir un de ces preuxs chevaliers, gardiens du Temple. Tout comme eux, j’allais devoir assurer sa sécurité en écartant les intrus et en repoussant l’aliénation au monde visible et extérieur.

Après trois années passées à conduire mes sœurs et mes frères sur le chantier, je franchissais la porte pour en garder l’entrée, le glaive à la main, prête à reconduire sur les parvis, le curieux insensé, mais prête également, à accueillir la sœur ou le frère dûment tuilé avec les honneurs qui lui sont dus. Dans cette mission, je ne suis pas seule. Le grand expert lui aussi armé d’une épée me fait face et se charge également de veiller à la sécurité des lieux.

Assise entre les colonnes, l’épée « sagement » posée sur mes genoux, je découvre d’abord la froideur de son métal et je me souviens de la formule : « laissez vos métaux à la porte du temple ». Vous l’aurez remarqué comme moi : je vois là une contradiction. Essayons d’y voir plus clair.

Les alchimistes distinguaient 7 métaux, issus d’un principe unique et formés sous l’influence des planètes. Ils les divisaient en métaux purs et parfaits, dont l’or et l’argent et en métaux impurs et imparfaits, dont la lame de mon épée.

En raison de cet aspect impur, l’usage des outils de métal en particulier le fer était interdit dans la construction du Temple de Salomon, par ce que ce métal représente le premier état de la matière métallique, qui se transforme en cuivre. En se perfectionnant celui-ci se change en plomb qui à son tour devient par progression, étain puis mercure, argent et enfin or en suivant le processus alchimique. Cette histoire m’indique une réponse à ma question : elle suggère ma propre transformation qui s’effectue dans le creuset de la loge comme la réalisation des premiers alliages qui ont marqué le passage de la période sauvage à la période civilisée. De la préhistoire à l’histoire.

Quand je suis debout, le poids de l’épée évoque plutôt une arme de combat. Elle devient un symbole de force et de puissance. Elle sert le plus souvent d’attribut aux dieux de la guerre.

Par sa matière et sa fonction, l’épée suggère mon propre combat intérieur. Une chasse sans pitié aux vieux démons cachés dans les replis de mon inconscient et qui m’empêchent d’être moi-même tout simplement. Une guerre spirituelle, mais farouche et sans pitié. Un combat contre l’ignorance, la peur et la souffrance pour atteindre après bien des batailles, la connaissance de soi-même à laquelle j’aspire. Ce combat est sans doute le plus difficile à mener, il ne fait que commencer.

Pour m’aider, je regarde l’épée dans sa globalité. À l’axe vertical de la lame s’ajoute la partie horizontale du manche et voilà réunis à nouveau la verticale et sa perpendiculaire. Du coup une croix remplace l’arme et d’autres pensées naissent, plus intimes…

Quand toutes les portes sont fermées, quand nous sommes face à un mur, qu’il n’y a plus de solution existentielle, ni psychologique, Celui qui habite au cœur de nous-même nous invite à relever la tête (Gen 4/7). Nous sommes invités à la relation, c’est ici le sens de la perpendiculaire : nous sommes conviés à nous ouvrir à l’autre, à accepter la main tendue, à accepter d’être aidé. Pour apprécier le don de la relation, il faut le plus souvent avoir désespéré de ses propres prétentions à vouloir atteindre le but par soi-même, avoir désespéré de ses propres capacités à vouloir réaliser son bonheur selon ses propres conceptions, avoir reconnu ses manques et ses faiblesses pour donner place à l’autre, au Maître, au Sage, à celui qui a déjà emprunté le chemin et qui tend une main charitable.

Mon épée et moi-même, nous trouvons à l’occident, là où le soleil disparaît, laissant place aux ténèbres inquiétantes de la nuit. Elle se doit donc aussi de trancher l’obscurité, pour livrer un passage à la lumière d’orient et lui permettre de s’infiltrer dans le monde profane.

Cependant, depuis ma place entre les colonnes, ce qui me fascine pendant la tenue, à part le Vénérable Maître bien sûr, c’est le plus énigmatique des symboles, discret, presque oublié de tous, je veux parler de l’épée flamboyante.

Le soir de mon initiation, le vénérable Maître l’avait utilisé en posant successivement l’épée sur ma tête, l’épaule gauche, puis l’épaule droite en frappant à chaque fois la lame avec le maillet et en prononçant à haute voix les sentences : « Je vous crée, reçois et constitue ». Par ces gestes ancestraux, le Vénérable Maître me consacrait chevalier d’un ordre, le mien à partir de cet instant, c’est tout au moins ce que j’ai pensé à ce moment là. Je devenais un membre qui venait de recevoir un sacrement et jurait fidélité à son engagement. Le moment était solennel, j’oserais dire magique car mon inconscient avait relégué la partie rationnelle de moi-même en arrière plan et s’épanouissait sur le devant de la scène comme une fleur sous le soleil. L’épée, loin d’être une arme devenait un relais entre l’Ordre et moi, une transmission initiatique fondamentale, inoubliable. J’empruntais un passage qui me mènerait de « l’avoir à l’être ». Je venais de naître à une vie spirituelle débarrassée des scories du monde matériel. Une nouvelle vibration fragile et balbutiante venait d’être créée pour venir grossir ce flux d’énergie qui emplissait la loge.

Par la suite, j’ai été surprise de constater que si l’épée était toujours présente sur le plateau du Vénérable Maître, il ne s’en servait que rarement. Pourquoi ? De plus sa forme en zigzag méritait quelques éclaircissements.

J’ai trouvé une première réponse dans la bible de Jérusalem qui relate dans la genèse, dernier verset du chapitre 3, le 24ème : « Ayant chassé l’homme, Il posta en avant du jardin d’Eden, les chérubins avec la lame de l’épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie ». Ce texte dramatique concernant la rupture de nos premiers parents avec leur créateur, a pour conséquence la mortalité de l’homme. Après avoir été chassé du paradis, l’homme s’enfonce dans la matière en s’habillant de vêtements de peau. Tout au fond de lui subsiste cependant cette étincelle divine qui aspire à rejoindre sa source. Pour cela une longue et pénible remontée l’attend. Dans le texte, l’épée flamboyante apparaît au singulier alors que le mot chérubin est au pluriel. L’épée n’est donc pas portée par eux, ils ne l’utilisent pas. La signification du texte en devient différente. L’épée est donc indépendante des deux chérubins qui eux sont les véritables gardiens du seuil qui veillent et chassent ceux qui ne sont pas capables d’affronter les silences intérieurs plus élevés. En imaginant la scène, il semblerait plutôt qu’ils exécutent la décision prise par l’épée dont la fonction serait de commander, d’ordonner. Le flamboiement indique un mouvement, comme la flamme qui vacille au gré du vent. Pour moi cette épée contient toutes les vibrations de notre champ spirituel. L’homme en effectuant sa remontée, passe d’un niveau d’éveil à un autre en modifiant ses propres vibrations spirituelles et il se connecte ainsi au fur et à mesure à l’épée flamboyante qui s’enrichit de forces supplémentaires.

Cela peut signifier qu’à chaque palier atteint par l’homme, elle le fait entrer en utilisant le plat de l’épée. Par contre, le crime et les errements sont repoussés, dans ce cas le fil de l’épée est utilisé, le palier est fermé.

Comme l’énergie s’est transformée en matière pour créer le monde à ses débuts, la matière sous la forme de notre corps produit de l’énergie sous forme de pensées, de pulsions et d’émotions. Ces énergies envahissent l’être et l’empêchent d’entrevoir une autre réalité. Les pensées incessantes doivent avoir horreur du vide et du silence. Elles se bousculent dans le cerveau, se pressent, l’une succédant à l’autre sans cohérence parfois. Il est impossible d’arrêter une pensée, mais se concentrer sur une idée pendant quelques minutes est un premier pas vers le silence intérieur. Une première connexion se met en place.

Encouragée par cette première réponse, j’ai continué ma lecture dans le nouveau testament cette fois-ci, et plus particulièrement dans l’apocalypse de Jean, chapitre 1 verset 16, l’épée n’est plus la lumière, mais le son, la parole.

«  Il tenait sept étoiles dans sa main droite, et une épée aigue à  deux tranchants, sortait de sa bouche ».

Cette phrase symbolise la force invincible de la vérité divine qui descend du ciel comme un éclair.

En saisissant cet éclair, messager du ciel et en me l’appropriant, j’ai pu explorer mes zones d’ombre afin de mieux les connaître et de les éliminer peu à peu. Une bataille intérieure s’est engagée depuis mon initiation, pour débusquer des émotions fortes et les ramener à la surface. Peu à peu ces énergies conflictuelles cédèrent la place à l’apaisement, fragile d’abord, puis de plus en plus solide. L’épée au fil du temps permet de se libérer de ses passions. Cette transformation est une démarche qui prend du temps et qui est parfois interrompu par le retour des émotions, source des conflits intérieurs, des doutes qui envahissent le cœur et pourrissent l’être. Tout est à recommencer, ou presque, c’est le parcours du combattant qui ne renonce pas et finira peut-être par triompher.

Il pourra alors, à son tour, aiguiser sa parole et guider l’autre sans le blesser.

Ces deux passages bibliques me laissent songeuse, j’ouvre une parenthèse avant de continuer plus avant.

J’imagine que l’épée flamboyante réunie deux mystères du passé : la lumière et le son qui ont tant fascinés les initiés. Aujourd’hui, la notion de mouvement vibratoire périodique, nous permet de comprendre qu’ils avaient une approche rudimentaire, mais exacte du fonctionnement de l’énergie, qu’ils traduisaient par les mots : lumière et son. Leur intuition géniale les avait guidé dans la bonne direction. Aujourd’hui, nous pouvons imaginer qu’il doit bien exister une particule d’énergie pure se déplaçant à une vitesse supérieure à celle de la lumière, située dans de très hautes fréquences et qui serait à la fois une lumière et un son. L’impensable d’aujourd’hui deviendra la réalité de demain, symbolisée par l’ondulation de l’épée flamboyante porteuse de ces deux vibrations.

L’homme détient le pouvoir de découvrir les mystères du cosmos. Il détient donc le potentiel divin tout comme la braise détient le pouvoir du feu.

Après la bible, je me suis tournée vers l’alphabet hébraïque. Une autre aide m’est donnée par la septième lettre de l’alphabet hébraïque : « zayin » qui vient d’un mot araméen et signifie arme. Par extension, elle signifie l’épée. Sa forme surtout est surprenante : imaginez une minuscule épée flamboyante tenue verticalement, une ligne brisée surmontée d’une petite barre transversale. ז

Cette lettre symbolise selon certains cabalistes, le pouvoir du libre-arbitre qui donne le choix de faire ou de ne pas faire. Le « zayin » force à s’assumer, à se prendre en charge.

Le Bahir, le livre de la clarté, apparu dans le Languedoc au début du 12è siècle donne entre autres, ce commentaire sur la valeur numérique 7 de la lettre, je cite : « il correspond aux nombre de jours de la semaine. Ceci pour t’enseigner que chaque jour possède sa propre puissance.  La puissance est la liberté et l’indépendance des forces créées ». Alors que le chiffre 6 désigne la nature, les six dimensions de l’espace, le 7 représente les six jours de travail de la semaine plus le septième consacré au repos ou à la méditation. Il indique donc la voie à suivre pour conduire à la transcendance. Je comprends que par la volonté, la persévérance du travail sur soi et  l’étude, il est permis d’accéder à d’autres niveaux de conscience.

Encouragée par toutes ces réponses, j’ai continué mes recherches. En fouillant dans le tarot des imagiers du moyen âge, j’ai trouvé l’arcane 16 du tarot. On peut voir une tour foudroyée par un éclair. Wirth, l’auteur du livre, indique que cet éclair est l’esprit divin descendu dans la matière en vue d’élaborer celle-ci. Il explique que la déchéance due à une incarnation n’est pas une faute primordiale, mais une chance au contraire de pouvoir participer à l’évolution universelle tout en portant au fond de chacun une étincelle divine. Le travail sur nous-mêmes ou l’étude qui nous incombe, nous transmute. Nous passons du stade purement matériel à un stade plus spirituel au fur et à mesure que le temps passe. Nous partons à la découverte de cette étincelle divine cachée au fond de nous.

Cet arcane incite également, en montrant la destruction de la tour foudroyée par l’éclair et la mort de ses occupants, à être vigilant sur la façon de s’élever dans les sphères de la spiritualité. L’imprudent, orgueilleux, vaniteux ou ignorant qui néglige les leçons enseignées par les Maîtres ou les Sages, risque de perdre la raison.

Arrivée à la fin de mes recherches, je peux envisager plusieurs conclusions, fruits de mes réflexions.

L’épée flamboyante, placée sur le plateau du Vénérable Maître entre l’Orient éternel et le chandelier à trois branches, rappelle par la position qu’elle occupe, sa fonction devant le jardin d’Eden. Ne peuvent entrer que ceux qui en sont dignes.

Dans un premier temps le retour à soi-même ouvre la voie.

Les aspects les plus subtils de cette voie ne pourront être abordés qu’en séparant le subtil de l’épais. J’entends par là, toutes les formes de conditionnement dont nous sommes pétris. Le mental ne lâche pas sa prise aussi facilement, cachant l’accès à cet espace intime et sacré qu’est le sanctuaire intérieur. Ce retour à «  soi », le « moi » n’en veut pas, d’où cette bataille titanesque où le vainqueur n’est pas toujours le « soi ».

Je pense que c’est la chose au monde la plus difficile à réaliser, mais le jeu en vaut la chandelle et je m’y emploie de toutes mes forces.

L’épée flamboyante demeure en premier lieu, l’instrument de transmission entre la maçonnerie et le récipiendaire. Celui-ci reçoit un héritage, à lui de le faire fructifier selon sa sensibilité, pour son bien et les membres de l’atelier. Il commence sa quête de l’être, ouvrant sa conscience et son cœur pour espérer trouver la voie de la Connaissance et de l’Amour, sa propre voie. Si chacun pouvait tourner son cœur vers la lumière, le monde tournerait plus rond !

En second lieu, elle évoque pour moi l’arbre des sefirot qui contient l’énergie créatrice qui s’infuse jusqu’à nous au travers des 10 sefirots. Partie de l’infini, elle descend en chacun de nous. Si nous ressentons cette présence, cette force intérieure, le besoin impérieux d’aller à sa rencontre se fera sentir. Une lampe vient de s’allumer. De la même façon, degré par degré, palier par palier, barreau par barreau comme dans l’échelle de Jacob, nous remonterons vers cette source, la lampe divine. En suivant son inspiration qui le guide, l’homme se perfectionne. Il fait grandir cette force intérieure, cette lampe qui l’anime et l’irradie.

Chaque symbole à l’apparence d’une énigme qu’il appartient à chacun de résoudre selon sa propre faculté de perception des réalités spirituelles. Je m’y suis essayée avec l’épée flamboyante, devenue mon amie depuis ! Je l’ai décortiquée tant que j’ai pu jusqu’à son intériorité la plus secrète et je vous livre ce soir le résultat de mes recherches et surtout le trésor que j’ai  découvert : une paix intérieure qui me rend moins préoccupée des affaires extérieures, plus forte, plus sereine. Je n’oublie pas cependant que cette paix est fragile, précaire et risque à tous moments d’être interrompue…

Une simple remarque et tout est à recommencer. Il me faut alors reprendre les armes et combattre à nouveau : les émotions qui envahissent, les doutes qui submergent, l’hyper sensibilité qui dévore, l’orgueil et la vanité qui s’infiltrent dans la moindre brèche ouverte, la peur tapie dans un recoin obscur, origine de la souffrance qui remonte à la surface.

Si un jour, je sors vainqueur de ce combat, j’aurais la joie de voir disparaître cette épée de Damoclès suspendue au dessus de ma tête.

J’y serais parvenue en accomplissant ce que recommande mon frère Jacques dans sa dernière planche : «Par un travail rigoureux, sans concession, en pratiquant la méditation régulièrement dans un climat d’amour, une paix durable finira bien par s’installer », J’ose y croire !

MB

Pour écrire cette planche, je me suis appuyée sur la symbolique maçonnique de Jules Boucher, le dictionnaire thématique de L’Homme, Maisondieu, Tomaso…


MB

 


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