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Posted 13 juillet 2011 by webguy06 in Franc-Maçonnerie
 
 

La Pierre Brute (ben oui!)


Une fois n’est pas coutume, je vous propose un MA (un peu long selon certains) sur le sujet de base de tout édifice en construction. Courage! Faite des pauses. J’ai rédigé ce propos à la demande de mon VM du moment, alors que nous recevions le collège d’Off. d’un Atelier travaillant au St. d’Ecosse. (Je suis au Fr.) Nous avons souhaité comparer les différentes approches de ce symbole selon le rite. Le Standard s’appuie sans retenue sur les textes bibliques sans exposer outre mesure les symboles matérialisés. L’échange fut enrichissant (comme tous les échanges)

PS j’ai volontairement censuré quelques phrases révélatrices indiquées par (…/…) cela dit pour expliquer quelques incohérences possibles.

LA PIERRE BRUTE
L’initiation est un commencement, et ce commencement débute pour le récipiendaire par une déstabilisation qui consiste à l’arracher aux habitudes rassurantes de sa vie profane pour le faire renaître au monde des symboles dont il ignore tout, où il perd tous ses repères et où ses certitudes n’ont plus cours.

Le travail de l’Apprenti consiste en une sorte « d’archéologie spirituelle », permettant de découvrir la dimension transcendante de l’homme, son positionnement dans l’Univers, sa volonté affirmée par son Travail, d’appartenir au Tout, à l’Unité, afin de découvrir la raison, le sens de la vie.

Au rite Français, cette quête d’intériorité commence au travers des épreuves initiatiques liées aux éléments.

Après avoir ainsi subi les épreuves destinées à le purifier et à tester sa volonté, après (…/…), après avoir prêté son serment, et avoir reçu le souffle de vie que représente le premier baiser fraternel, le Néophyte, est conduit à l’Occident (…/…).

Là, il frappe 3 coups sur la pierre brute. Il n’a pas choisi cette pierre, il ne connait pas l’usage des outils et apprendra très vite que l’Art sacré qu’il est venu pratiquer en loge, a pour but de transformer cette pierre brute qui n’est autre que lui-même en une pierre cubique à pointe aux proportions idéales qui aura pour vocation première de s’insérer convenablement dans l’édifice.

Il ne le sait pas encore, mais il vient de prendre place volontairement dans la réalisation d’un Plan qui fait appel à sa propre transmutation. Il doit à présent découvrir par son travail comment faire de la Pierre Brute qui n’est autre que lui-même, la matière première du Grand Œuvre Divin.

Il est à la fois Matière première et outil. Il sera également le produit de son propre travail.

 

A propos du Grand Œuvre ?

C’est le travail que doit accomplir notre conscience sur elle-même pour se purifier, se sublimer, et transformer nos facultés, nos instincts et même nos passions en les élevant sur un plan supérieur.

Nous avons donc le pouvoir de vouloir… « ou non », dégrossir la pierre pour lui donner une forme susceptible de la rétablir en sa véritable place qui est « le Centre », d’où viendront et d’où partiront toutes les manifestations, parce que de ce Centre, tout se meut selon une Loi universelle dont nous devons être les témoins et les acteurs.

Pour que la pierre brute engendre une œuvre rayonnante de lumière du premier matin, il faut qu’un travail soit effectué, conformément au travail primordial accompli par le Grand Architecte de l’Univers, et consistant… à penser et à formuler le Verbe.

La pierre est brute non point parce qu’elle n’a pas encore été taillée, mais parce que sa destination nous reste à découvrir. Le qualificatif de « brut » ne signifie pas « primitif » ; le travail de l’Apprenti, par trois coups de maillet, n’est pas le début d’une énumération de travaux mais constitue un éveil de la démarche initiatique.

La pierre brute n’est pas une pierre au sens matériel du terme ; elle symbolise la substance mystérieuse de la création, et cette substance est à la fois matière et esprit. Le nouvel apprenti est placé face à l’origine du processus initiatique, car la pierre brute est un témoin de cette origine, elle est une pierre mnémonique, réceptacle des tous premiers instants. Elle est « informée » et contient en elle le germe de la création… Elle évoque un commencement, dénué de tout paraître et se caractérise par sa simplicité.

Par les trois coups de maillet, l’initié enclenche un processus sonore, ouvrant ainsi la voie initiatique par la formulation du Verbe. Il comprend bientôt que son travail consiste à reconnaître la cause divine de la manifestation, à extraire de la pierre la substantifique moelle pour paraphraser Rabelais. Il comprend que la « pierre brute », c’est l’homme « charnel » qui porte en lui l’image latente, potentielle de Dieu et que la « pierre cubique à pointe », visible dès la première fois près de notre tableau de loge, lui donne le modèle de l’homme « déifié », qui a accédé à la « ressemblance ».

Les Trois Coups de maillet portés par l’Apprenti sont donc une mise en harmonie, une écoute de la musique de la pierre, ils expriment l’acte de création du monde et établissent le ternaire de l’organisation de la vie dans son origine, dont le coup de maillet du Vénérable maître, à l’ouverture des travaux, pourrait être un écho.

Dans la pierre brute, matière et esprit semblent indifférenciés, et il faut une impulsion créatrice pour que les éléments s’organisent, pour que l’esprit anime l’œuvre. Les Trois Coups de maillet portés par l’apprenti constituent cette impulsion en la pierre brute, et la pensée ternaire jaillit comme au premier matin.

Le ternaire s’éprouve par une participation à l’œuvre, qu’il s’agisse des Trois Coups de maillet sur la pierre brute, des trois pas, du mouvement selon les trois piliers. Par le ternaire, la dualité n’est plus une opposition d’éléments figés de manière inconciliable. Par son aptitude à susciter un mouvement de réunion des contraires, le ternaire permet l’émergence d’une pensée créatrice.

Les Trois Coups de maillet portés par l’Apprenti l’inscrivent comme partie prenante en qualité de « Frère ». Cet instant du travail primordial est gravé en chaque être par la puissance du Ciseau et du Maillet.

Le ciseau représente la faculté de discernement. L’utiliser représente la faculté évolutive. Si la résolution de l’initié est ferme, résolu, le ciseau sera dur. Mais à lui seul, il restera impuissant et les bonnes résolutions resteront théoriques. La théorie ne se suffit pas. Car toute résolution n’a de sens et d’efficacité que par sa mise en action. Le ciseau est un symbole de détermination pour atteindre l’objectif choisi avec soin, et discernement mais il ne sert à rien sans la force du maillet en mouvement. Ce dernier symbolise la volonté spirituelle, le contrôle de soi, l’énergie, la persévérance et la constance dans l’effort.
Il représente la volonté indispensable à l’action.

Revenons à la Pierre Brute elle-même. Chaque pierre est unique dans l’édifice tout entier, comme elle doit l’être pour symboliser le Principe dont tout dépend. On peut relever une analogie entre le « premier » et le « dernier », entre le « Principe » et la « fin » : la construction représente la manifestation, dans laquelle le Principe n’apparaît que comme l’achèvement ultime.

C’est en vertu de cette analogie que la « première pierre », la pierre brute peut être regardée comme un « reflet » de la « dernière pierre », de la « pierre angulaire ». La Lumière, que nous avons reçue, symbolise celle dont parle Jean dans son prologue : je cite : « – Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu». Nous sommes « Frères » parce que nous travaillons « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ».

Pourquoi tailler sa pierre est-il tellement important ?

On a découvert que tout était vibration, c’est-à-dire énergie et que notamment à chaque pensée correspond une certaine vibration et donc un certain potentiel d’énergie qui émane de l’être humain. Cela signifie que nos pensées disposent d’une force pouvant affecter le monde extérieur.

Vous rendez-vous compte du potentiel qui est en nous ? Nous sommes en mesure de changer le monde avec nos pensées. Si nous pensons agression, le monde sera agressif. Si nos pensées sont pleines d’amour, c’est-à-dire positives, le monde s’établira dans la paix. Nous faisons le monde avec nos pensées. Vous êtes ce que vous pensez être. Vos collaborateurs sont ce que vous pensez d’eux. Vos clients sont ce que vous pensez d’eux. Votre femme est ce que vous pensez d’elle. Vos enfants sont ce que vous pensez d’eux. Et je peux poursuivre ainsi à l’infini…

Vous aurez compris que la pensée positive, c’est la vie. Tailler sa pierre brute consiste à maintenir cette pensée positive opérante.

Mes BAF, je ne suis pas très habile à tailler ma pierre brute, je tente de maîtriser au mieux les outils que l’on m’a transmis et je sais que je n’ai pas tout compris sur les mystères de la vie. Mais je m’efforce chaque jour de tailler ma pierre brute car si j’étais parfait je ne serais pas cet amas de matière qui se veut éloquent voir didactique au point d’en saouler certains…

Comment tailler sa pierre ?

On se met un tablier et des gants, on empoigne deux outils, et on reste en arrêt devant cette pierre. Vais-je l’attaquer, la caresser, la normaliser, la rendre lisse ou plate, la singulariser, en faire une cage, une tour d’ivoire, une arme, une décoration ? Tous les tours sont possibles, toutes les formes, on ne sait pas comment s’y prendre. Il suffit peut-être d’abord  de regarder, d’attendre en silence. La réalité est là, brute c’est-à-dire simple, authentique, originale. On pourrait se contenter de la contempler, on peut méditer sur cette entité, son mystère,  tout à la fois sa puissance et sa fragilité. On pourrait  aussi vouloir agir à tout prix, se défouler sur elle, l’amputer, la briser, comme ça pour rien, pour exercer sa liberté, pour montrer que l’on existe coûte que coûte.

Mais attention ! La liberté ne consiste pas à ne plus respecter de règles.

Le 2ème S. est là, il veille au grain, il ouvre des champs de possibilités; il apprend à observer, à questionner ces symboles qui peuplent le Temple en les reliant à ce qui fait notre identité, notre culture humaine. Le Deuxième surveillant dévoile à l’apprenti la réalité des symboles qui sont notre signature humaine depuis l’apparition de nos ancêtres en Afrique. Et ces symboles indiquent la voie à suivre. Du moins lorsqu’ils cessent d’être des connaissances abstraites pour transformer peu à peu, par petites touches, notre vécu. Le travail sur la pierre brute commence ainsi de façon modeste, progressive, par petites touches. Le savoir n’est pas donné, il est offert à notre questionnement. On avance mine de rien… Ca y est, le travail est lancé, on est en recherche… La matière est là entre nos mains, à l’intérieur de notre esprit et de notre cœur.

Je voudrais mettre en valeur le rôle du 2ème S. Il ne se positionne pas comme maître du savoir, en cela il est proche de l’attitude de Socrate. Ce maître de philosophie n’a pas de réponse toute prête mais amène son interlocuteur à apprendre à penser par lui-même. C’est ce que j’ai retrouvé au début de mon apprentissage et je souligne à quel point les séances d’instruction sont importantes. Ces séances sont indispensables pour que l’apprenti d’abord se sente accueilli et ensuite pour lui fournir un cadre où il travaille sa pierre.

Mais si le 2ème S. ne se présente pas comme un modèle, il est un repère essentiel. Dans toute formation il est nécessaire pour l’apprenti d’avoir envie d’avancer, il doit ressentir un désir, sinon pourquoi va-t-il se casser la tête ? Il va vaguement étudier, il va rester poli, et voilà le tour sera joué, aucun travail ne sera enclenché. Un travail véritable sur sa pierre n’est pas facile, si un désir puissant n’anime pas l’apprenti, il va se contenter de faux-semblants  qui sont souvent un des travers de la vie profane.

Partager un idéal humaniste est, je crois, notre raison principale d’être ici. Mais si l’idéal se cantonne au stade des bonnes intentions, s’il se contente de belles formules, il a peu d’impact sur le réel de la pierre. Il peut aussi se barricader dans une position que je qualifierais de puriste, au détriment de la tolérance envers les autres et envers soi-même.

Chacun de nos traits de nos caractères et même les plus désagréables peuvent avoir servi à se défendre, voire à poser les structures d’une existence. Sans structure la pierre s’effondre. Ce que la psychologie appelle l’Ego, le Moi, est nécessaire pour qu’un individu se construise. Une forme de compromis est nécessaire; à tout moment cela peut être vécu comme des compromissions, c’est à dire la perte d’un idéal. Le dosage est loin d’être évident.

Si notre  pierre brute recèle des défauts à corriger à bon escient, elle possède aussi des atouts personnels qui sont souvent à affirmer. Le travail de l’apprenti doit prendre en compte la qualité de sa pierre et ne pas se proposer un modèle trop parfait, inaccessible. Une des pensées de Pascal nous rappelle que « qui fait l’ange fait la bête ».Parfois un idéal trop intransigeant conduit à des comportements bestiaux comme par exemple ceux des intégristes de toutes les époques et de toutes les idéologies.

Comment assortir l’indulgence avec l’exigence ? Comment ne pas rester faible ou au contraire devenir un frère puriste ? Où commence la bonne fermeté, la bonne action ? Voilà mon angle d’attaque, je me questionne à ce sujet dans le cadre de mes relations amicales, familiales ou professionnelles. Se poser des questions n’est-il pas déjà une action, un cheminement ?

Au contraire des maçons opératifs qui stéréotypaient chaque pierre en fonction d’un plan d’ensemble, le travail du franc-maçon est d’abord de repérer l’originalité initiale de sa pierre et d’en accentuer les lignes fortes en atténuant les faiblesses : c’est plus pour moi un travail d’artiste, d’un sculpteur qui « épouse » les données de base de la pierre et les fait évoluer, avec une exigence de toujours plus de lumière, mais une lumière humaine, c’est-à-dire qui tienne compte de notre incarnation dans la matière et de notre parcours individuel, des limites que cela nous impose

En conclusion :

Il faut de l’humilité pour accepter de dégrossir la Pierre Brute, mais il faut aussi et surtout de l’ambition, une véritable ambition métaphysique, pour se vouloir un destin personnel confondu dans le destin de l’espèce humaine et pour passer du

« Connais-toi toi-même » au « découvre à quoi tu sers».


webguy06

 


5 Comments


  1.  
    Artkadie

    “La pierre brute n’est pas une pierre au sens matériel du terme ; elle symbolise la substance mystérieuse de la création, et cette substance est à la fois matière et esprit. Le nouvel apprenti est placé face à l’origine du processus initiatique, car la pierre brute est un témoin de cette origine, elle est une pierre mnémonique, réceptacle des tous premiers instants. Elle est « informée » et contient en elle le germe de la création… Elle évoque un commencement, dénué de tout paraître et se caractérise par sa simplicité.”
    Je suis d’accord avec le fait que dans chaque pierre, à tailler, existe déjà l’essence qu’il faut dégrossir pour parvenir à lire le message qu’elle nous envoie. Un néant qui tolère toute forme d’imagination et de perception. Vide est l’anagramme de diev… Un vide empli de toutes potentialités qui permettent l’expression de la plus haute idée qu’on se fait de soi-même. Un très beau libre-arbitre que nous offre l’énergie cosmique




    •  
      François

      Bonjour Artkadie
      J’ai trouvé ton explication sur la pierre brute très enrichissante. Mais comme jeune compagnon je dois travailler maintenant sur la pierre cubique polie .peux tu me donner un peux de ta lumière à se sujet.
      Je suis au RER .
      Fraternellement
      François




  2.  
    lucien

    D. Que signifie la pierre brute ?
    R. Elle est le symbole vrai d’un Apprenti, et du travail qu’il doit faire sur lui-même, pour pouvoir parvenir à la vraie Lumière.
    D. Depuis quand êtes-vous Maçon ?
    R. Depuis que j’ai reçu la Lumière
    D. : «Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?»
    R. «Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai voulu voir la lumière.»
    D. Que signifie cette lumière.
    R. La connaissance et l’ensemble de toutes les vertus, symbole du G:.A:.D:.L:.U:.




  3.  
    Fidele

    Fidèle:
    puis je savoir ce que signifie pierre brute et aussi ils ont parler de franc maçonnerie alors quel ligne il y a dans tout sa en tout cas moi je veux faire partir de la franc maçonnerie merci de me repondre salut




  4.  
    Descamps

    Bonjour,
    J’ai bien apprécié ce travail, simplement j’ai une question. Au REAA, le jeune initié fait son premier travail d’apprenti, trois coups portés sur la pierre brute, sans ses gants qui lui seront remis après. Pourquoi ?
    Merci de votre réponse
    Fraterbise
    DD





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