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Posted 23 février 2012 by mchl in Alchimie
 
 

Symbolisme du Cabinet de Réflexion


Cette nature morte de Cézanne date de 1866. Le crâne, le livre, la fleur et la chandelier sont tous des attributs d’une vanité.

En prolégomènes, j’aimerais citer cette phrase d’Aristote :

« Ceux que l’on initie ne doivent pas apprendre quelque chose, mais éprouver des émotions et être mis dans certaines dispositions. »

 Alors voilà, je vous présente ce midi mes réflexions sur le cabinet de réflexion, sans (s) au mot réflexion, cabinet de silence, cabinet de méditation, cabinet de solitude .. et d’isolement, cabinet de recueillement.

Ma vie maçonnique a commencé par une descente hésitante et malaisée dans le ventre de la Terre. Je parlerai plus tard des analogies entre le cabinet de réflexion et la grotte, la caverne… ou je pense plus justement la crypte.

A ce moment précis de ma vie, il a représenté pour moi une sorte de sas, de passage, entre deux vies, où ma seule certitude était la nécessité de tourner une page. Le chemin que je venais de prendre était celui de l’initiation, du latin Initiare, qui veut dire commencer.

Je ne savais pas ce qui m’attendait, mais je pressentais qu’un changement, une « transmutation » allait se faire en moi, et c’était dans cet étroit et noir espace enfoui dans la Terre que tout ce processus devait commencer, ma mort initiatique, et une seconde naissance à quelque chose de meilleur, mais tellement encore indéfinissable !

Le reste autour de moi était mystère…Je suis d’ailleurs maintenant stupéfaite de n’avoir pas, au moins un peu, compris le sens des éléments qui ornaient cet endroit. Je me disais : plus tard je comprendrai…Maintenant je sais que de nombreux symboles de la maçonnerie étaient là, devant mes yeux, mais pour moi « non encore actifs », une sorte de vaccination…

Un autre symbole était là, qui n’a lui aucun support matériel, c’était le silence, absence de tout bruit, mais aussi de toute agitation, immobilité soudaine, invitation à amorcer ce long travail d’écoute du profond de moi-même.

Je sais maintenant que j’accomplissais là mon premier voyage, ma première épreuve, celle de la Terre.

Terre, premier des quatre éléments qui identifient les voyages rituels de la cérémonie d’Initiation. Ces quatre éléments, selon Alain Pozarnik indicateurs de ce qui nous constitue : la Terre symbolise le corps, l’Air l’intellect, l’Eau l’instinct et le Feu l’affect.

Le cabinet de réflexion est un lieu de retour à la Terre, à notre Terre Mère, chaos primordial, matrice originelle, matière première à l’origine de tous les êtres vivants. Assimilée à la Femme dans beaucoup de civilisations, elle donne la vie. Mais elle la reprend aussi,

Tu es poussière… et tu redeviendras poussière…

Attention, le Terre peut revêtir un aspect ô combien plus négatif :
Royaume d’Hadès, maître du monde souterrain, celui des pulsions infernales. C’est un symbole de l’inconscient et de ses dangers. L’homme doit s’affranchir des chaînes qui pourraient l’entraîner vers le bas, vers le Nadir, vers l’enfer.

Notre Sœur Second Surveillant m’a bien signifié que mes propos ce midi ne devaient concerner que le symbolisme du cabinet de réflexion et non celui des éléments du cabinet de réflexion. Mais comment ne pas évoquer cette inscription, énigmatique pour la profane que j’étais, ces sept initiales formant le mot VITRIOL, pouvant me faire allusion à un processus alchimique interprété beaucoup plus tard, processus de transmutation de l’Etre comme de celle des métaux.

« Visite l’Intérieur de la Terre, et en Rectifiant Tu Trouveras la Pierre Cachée »

Je pense, mais ne peux en être certaine, n’étant actuellement qu’à un premier palier de ma verticale, que tout est dit dans cette symbolique de la quête de Soi, de sa nature originelle…. Véritable aide-mémoire pour l’Apprentie que je suis…

« Il faut fouiller la Terre pour atteindre le Ciel »,
voilà la phrase initiale de « La promesse de l’Ange », de Frédéric Lenoir et Violette Casebos.

Oui, creuser le Terre pour atteindre le Ciel !

Autrement dit, après s’être débarrassé de son écorce profane, effectuer cette descente à l’intérieur de notre structure, de notre terre, explorer notre caverne interne, affronter et se libérer de ses défauts, de ses vices, développer ses potentialités, espérant ainsi passer des Ténèbres à la Lumière, comme le Monde à son commencement…

Au commencement, le noir, le désordre, puis le ciel, la terre sont créés.
Avant le jour, la nuit dans laquelle tout est désordre, puis, la lumière surgit des ténèbres et s’en sépare
“.

De nombreuses cérémonies d’Initiation commencent par le passage de l’impétrant dans une caverne ou une fosse.

Le profane pouvait être abandonné dans un souterrain dont la porte se refermait derrière lui, et il devait partir seul dans d’inquiétantes ténèbres à la recherche de l’entrée du Temple, autrement dit de la Vérité.

C’était aussi le cas dans le rituel d’Eleusis où les futurs initiés étaient enchaînés dans une grotte dont ils devaient s’échapper pour gagner la Lumière.

Plantagenet écrit à propos du symbolisme du cabinet de réflexion :

« C’est le soleil vaincu à l’équinoxe d’automne, sortant victorieux de sa lutte avec les Ténèbres à l’équinoxe de printemps….

C’est l’initiation antique qui se donnait dans les entrailles de la Terre, dans les chambres souterraines des pyramides, dans la crypte des Temples. »

Ces cryptes, construites en des endroits baignés de radiations salutaires, de courants telluriques, de champs de force conférant au lieu une âme telle qu’on y édifia précisément les nouveaux Temples au-dessus des anciens, telles la caverne druidique de Chartres, ou encore Notre-Dame-Sous-Terre du Mont Saint Michel.

Notre-Dame-Sous-Terre, dont l’héroïne de « La promesse de l’Ange » parle comme « des entrailles ancestrales, chaudes comme un ventre humain »…

Suivant ma perpendiculaire, et dans le sens du fil à plomb dont la pointe est dirigée vers le centre de la Terre, j’ai amorcé cette descente vers une première purification, sans aucun doute essentielle, purification intellectuelle et morale, sorte d’abandon du monde du dehors, pour un éveil au monde du dedans.

Dans le cabinet, je n’étais pas seule pour aller vers cette mort : un crâne posé près de moi, pas effrayant, plutôt conseillant, me disait : « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! », mots lourds de signification… Présence de la finitude suggérée.

Patrick Négrier suggère une « possible comparaison entre la symbolique du cabinet de réflexion et les peintures des Vanités ». Leur message est de méditer sur la vacuité des plaisirs du monde face à la mort qui guette. « vanitas vanitatis » tout est vanité dit  l’Ecclésiaste. Dans ces peintures, les objets sont tous symboliques de la fragilité et de la brièveté de la vie. Parmi eux le crâne humain est l’un des plus courants. On y retrouve le « Souviens-toi que tu vas mourir s»…

Tout était là pour m’inciter à opérer cet abandon de soi, « la mort du vieil homme », qui permet à l’individu de donner un autre sens à sa vie, de se rendre meilleur grâce à une « alchimie » intérieure.

Il s’agit de lui faire entrevoir sa possibilité de devenir « véritable ».

C’est le « Deviens qui tu es », que Michel Onfray reformule en « Deviens ce que tu es dans le sens de vouloir l’être et aimer le devenir. »

La rédaction de mon testament philosophique est un mauvais souvenir car je n’ai pas compris sur le moment la portée de cet engagement à faire le point sur mon existence passée, et abandonner mes conceptions profanes de la vie. Pas facile…Cela demande effectivement beaucoup de vigilance, pour rester en éveil de persévérance pour résister aux possibles découragements et autres “aquoibonismes”, mais aussi beaucoup d’intuition, d’optimisme, de volonté de dépassement et de maîtrise de soi.

Mais cette mort n’est-elle pas exigée pour pouvoir se dire né libre à la Porte du Temple ? Et mourir pour renaître à nouveau, n’est-ce pas une loi universelle ?

« En vérité je vous le dis, si le grain de blé ne meurt, il reste seul ;
mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits
. »
Evangile de Jean 12 :24

Je ne peux résister à la tentation de citer cette phrase d’Alain Pozarnik, que je trouve tellement belle et lumineuse :

«  C’est là, dans le monde obscur de sous-terre, que s’opère l’extraordinaire bouleversement du grain de blé. Dans l’opacité et le froid, l’humidité et le temps, le germe brise l’écorce, se libère, et s’oriente vers, d’une part, la lumière, et vers, d’autre part, les profondeurs primitives où les racines puiseront la puissance d’une apogée sous forme d’épi généreux et doré. »

Que dire après cela ?

L’allusion à l’alchimie est évidente.
Il y a similitude entre la démarche maçonnique et le Grand Œuvre. Le cabinet de réflexion est un lieu sépulcral ayant une symbolique proche de celle de l’athanor, propice aux métamorphoses.

Il faut détruire, dissoudre (solvere) la personnalité profane, c’est-à-dire faire pourrir l’être « fictif » que les conditionnements antérieurs ont faits de lui, et en faire naître au sein de sa propre dissolution le germe de ce qu’il va être, de ce qu’il est.

La matière première du Grand Œuvre est déposée dans un œuf clos où elle va se putréfier, se transformer et devenir noire, c’est le stade de l’œuvre au noir.

L’œuvre commence au noir… on peut s’attarder un peu sur la symbolique de ce noir, noir du cabinet de réflexion, couleur insécurisante, symbole de la mort en Occident, évoquant le mal, les ténèbres, le mystère, l’inconnu, l’occulte. Ches les anciens Egyptiens, le noir (kem) n’avait pas de connotation négative. Si c’était bien la couleur de la nuit et du royaume des morts, c’était avant tout le symbole de la renaissance et de la fécondité, couleur des déesses de la fertilité et des vierges noires, qui veillent près des cryptes ou des puits sous certaines cathédrales.

Couleur du charbon, elle évoque le processus de la combustion, prélude à la régénération. Représentant le monde souterrain, le noir correspond en fait au ventre de la Terre où s’opère la régénération du monde.

L’allusion peut aussi être faite à l’Arcane XIII du Tarot, l’Arcane sans nom, improprement appelée La Mort. (voir l’étude d’Argonaute sur ce sujet N.d.W.)

J’en connais deux représentations qui montrent un faucheur, squelette de couleur chair, triant le grain de l’ivraie, dont la colonne vertébrale est faite de grains de blé assemblés en épis, symboles de vie. Une lecture alchimique de cette lame permet de voir le stade de la putréfaction symbolisée par le noir du sol.

Avant de terminer, car il est temps, j’évoquerai l’analogie du cabinet de réflexion avec l’utérus, le ventre de la mère, les entrailles maternelles, d’où naît l’enfant comme naît le maçon après avoir passé la porte basse. Venant tous de la même matrice, nous sommes évidemment tous F :. et S :.

 

En conclusion, je citerai Mircea Eliade qui a dit :

« La mort initiatique rend possible la « tabula rasa », sur laquelle viendront s’inscrire les révélations successives,
destinées à former un homme nouveau.
 »

 J’en accepte l’augure, après avoir vaincu ma répugnance à réaliser ce travail solitaire de regard sur moi-même, me trouvant tout à coup égoïste comme je ne l’avais jamais été…

J’ose croire que cette aventure intérieure se réalise.

A deux fois 33 ans, je n’ai que 3 ans, et selon ce qui est écrit

 

Si je persévère,

Je serai purifiée,

Je sortirai de l’abîme des Ténèbres,

Je verrai la Lumière !

 

 

Vénérable Maître, j’ai dit.

 


mchl

 


6 Comments


  1.  
    argonaute

    Bonjour 🙂
    “Tu es poussière… et tu redeviendras poussière…” peut etre mal compris car vient d’une traduction de l’hebreu du mot cendres et les cendres en hebreu du moins pour l’epoque ne signifiaient pas , poudre residuelle inutile …
    les cendres sont la matiere qui reste apres purification par le feu,apres initiation par le feu , represente notre source
    et donc tu es poussiere tu redeviendras poussiere, tu es pureté et tu reviendras à ta source, à l’unite.

    « Il faut fouiller la Terre pour atteindre le Ciel »,Saint Augustin illustre la meme idée “de l’exterieur vers l’interieur et de l’interieur vers le superieur”
    premier cheminement : aller à la rencontre de notre MOi interieur, le prince cherche sa princesse dans la chambre du palais.
    Deuxieme :connexion ” au grand tout”
    les grecs ont deux mots Noos pour l’Esprit à l’interieur de nous, Pneuma l’ESprit a l’exterieur, et quete de connexion entre Noos et pneuma. Nous n’avons qu’un mot , notre vocabulaire est plus pauvre , je reconnais que cela peut perturber l’Esprit :)amities Eric




  2.  

    Apres la purification par le feu
    Potsse potasse potasse
    Aux fontaines tu te régénéreras…
    Vois…là, une bonne base…
    Amitiés Christophe.




  3.  
    Anonyme

    Le cabinet, moment ô combien important où le néophyte doit prendre conscience de son état . Dans le silence entouré de symboles il doit déjà intérioriser et écouter son coeur . La transmutation commence
    Merci mon F





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